Quartiers de Demain

Quartier des Templiers - Coulommiers (77)

2025

Jean de Brie, homme du pays de Coulommiers dit « le Bon Berger », auteur au XIVe siècle du premier traité de référence sur « l’art de la bergerie », a donné son nom à l’école élémentaire du quartier, imaginée par Émile Aillaud dans les années 1960. Alors que celle-ci est aujourd’hui promise à la démolition, comme de nombreux autres immeubles dans le cadre du programme de renouvellement urbain local, le projet choisit au contraire de la préserver et d’en faire un laboratoire d’appropriation et de transformation de l’héritage moderne au bénéfice d’usages rénovés, renouvelés et augmentés, en phase avec la pertinence du dessin initial. Cette première polarité scolaire est le point de départ d’une constellation d’équipements (crèche, rez-de-chaussée actif, services, parvis) qui prennent place dans une « centralité-parc » s’étirant jusqu’à l’école maternelle Jean-de-la-Fontaine, elle aussi transformée. Ses classes de plain-pied ouvrant sur des jardins, ses cours-paysages qui sont autant d’espaces d’apprentissage et son programme hybride ouvert sur le quartier veulent répondre aux attentes formulées à l’égard de l’école de demain – en particulier celles d’un rapport au paysage renouvelé dès le plus jeune âge, et plus largement d’un équipement phare mis au service des habitants. L’arboretum en place, lui aussi un héritage moderne, accueille une nouvelle génération d’espaces verts riches et foisonnants dont l’enfant constitue le nouveau référentiel. Les moutons qui paissent dans les champs voisins traversent la rue et font leur apparition dans le quartier. Jean de Brie le verrait sans doute d’un très bon oeil…

Données du projet
Maitre d'ouvrage

GIP EPAU – Groupement d’intérêt public à vocation interministérielle, l’Europe des projets architecturaux et urbains
Ville de Coulommiers

Équipe

Architecte mandataire, Économie : Vurpas Architectes
Architecte associé, urbaniste : Commune
Paysage : Réseau(x)
Programmation : Initial Consultants
Concertation, designer d’espace : Sara de Gouy
Structure : Gustave Ingénieurs du Bois
Fluides, QEB : OTEIS
Acoustique : Génie Acoustique
Cuisine : ICP
Économie circulaire : Cycle Up

Programme

Consultation internationale « Quartiers de Demain » – site du quartier des Templiers à Coulommiers – rénovation et extension d’un pôle éducatif ouvert sur la ville en cœur du quartier

Images

Photo état des lieux – QDD : Cedric Calandraud
Maquette : Atelier Make It – Bureau polyptyque

« À l’initiative du Président de la République, une consultation auprès de concepteurs internationaux a été lancée à la fin de l’année 2024.
Dénommée Quartiers de demain, ce laboratoire de prospective et d’expérimentation vise à mobiliser l’excellence architecturale, urbaine et paysagère pour construire le futur des quartiers populaires au XXIe siècle. Pluridisciplinaire, la consultation est un accélérateur inédit vers un nouvel art de bâtir au service de la qualité de vie des habitants. »

Quartiers de demain
(Les 3 objectifs de la consultation Quartiers de demain)
Le quartier des Templiers à Coulommiers, soudain et enthousiaste peu après sa construction mais aujourd'hui figé: un "idéal à l’arrêt"

La consultation pour le renouveau du quartier des Templiers à travers son pôle scolaire s’appuie sur un plan d’urbanisme acté par la ville en 2024. Point de départ de la consultation, ce plan guide prévoit, d’une part, une démolition massive de la partie Est du quartier, et d’autre part la rénovation de l’îlot Ouest, accompagnée du regroupement des écoles et de la crèche sur le seul site de l’école maternelle Jean de la Fontaine.

Cette mutation déjà programmée s’appuie sur des principes qui ne sont plus en phase, ni avec les attentes des habitants, ni avec les objectifs socio-environnementaux désormais prioritaires. Il ne s’agit plus de changer l’image de ces quartiers en en effaçant les marqueurs, mais d’en révéler les qualités et d’en explorer tous les potentiels.

Est-il indispensable de démolir une école élémentaire de 16 classes pour la reconstruire 200 mètres plus loin ?

En rassemblant deux écoles (28 classes) et une crèche sur un même site, ne crée-t-on pas un pôle éducatif hors d’échelle pour la petite enfance ? Est-ce le modèle « manifeste », exemplaire et réplicable que nous devons proposer ?

 

Notre équipe a pris le parti de réexaminer le projet urbain prévu aux Templiers, et notamment réévaluer l’école Jehan de Brie d’Emile Aillaud, promise à la démolition, pour proposer, plutôt qu’un unique pôle éducatif, un projet manifeste de transformation des 2 écoles existantes, ouvertes sur le quartier dont elles deviennent des polarités attractives, recomposant autour d’elles une centralité-parc.

Conserver les deux écoles, en prendre soin, les agrandir et imaginer une centralité-parc riche et fertile entre elles.
Sur cette image, l'école élémentaire Jehan de Brie, construite dans les années 1960 par Emile Aillaud. Vouée à disparaître dans le plan de renouvellement acté à la mairie, nous en faisons le point de départ du renouveau dans le quartier.

L’école Jehan De Brie dessinée par Emile Aillaud est un archétype des forces, des faiblesses et des fragilités de l’héritage moderne. Ce patrimoine, parvenu jusqu’à nous aujourd’hui, porte en lui des qualités à amplifier, des défauts à dépasser : il y a là une formidable matière à projet pour imaginer l’école de demain.

Autour du château d'eau et de la centralité Parc, l'école Jehan de Brie rénovée et complétée, la nouvelle crèche de 45 berceaux et les rez de chaussée des immeubles activés par les nouveaux commerces
Une galerie pour relier les anciens bâtiments de l'école des filles et l'école des garçons, pour accueillir de nouveaux usages pédagogiques et pour l'adaptation au changement climatique

L’école Jean de la Fontaine des années 90, reconstruite pour partie, devient quant à elle le laboratoire de l’école de demain : avec ses classes de plain-pied ouvrant sur des jardins, ses cours-paysages qui sont autant d’espaces d’apprentissage et son programme hybride ouvert sur le quartier. Elle propose de renouer avec les saisons, avec le sol et le vivant … et les habitants du quartiers qui disposent d’une « Maison des familles » accueillante, joyeuse et culturelle entre le parvis et l’école.

L’école d’Emile Aillaud retrouve son entrée face au château d’eau. Marqueur emblématique, objet démesuré et brutal dans son rapport au sol,  il est le point haut du quartier et de la ville et contient en lui la précieuse ressource eau. Il incarne symboliquement le départ d’un nouveau chemin de l’eau qui irrigue le quartier par gravité à travers le parc et jusqu’à la mare de l’école Jean de la Fontaine en bas. Complété d’un large corolle de auvents, de jeux d’enfant et des plantations qui amortissent son assise au sol, il offre une nouvelle polarité ludique et il devient le symbole d’une vie de quartier renouvelée au point de croisement du Parc habité, du quartier futur et de l’ancienne mais vaillante Commanderie des Templiers.

Dans ce quartier, le patrimoine est aussi végétal : généreux arboretum et prairies préservées par la densification de l’habitat constituent un socle précieux à la conception du projet. Régénérée, libérée, la nature en place irrigue les nouveaux cheminements, elle accompagne petits et grands piétons dans leur quotidien, des équipements pédagogiques aux lieux de vie du quartier, à travers son boisement augmenté.

Le parvis devient parc. Accueillant, résilient, rafraîchissant, il accueille la crèche de 45 berceaux, les commerces qui « activent » les rez de chaussée des immeubles.

De la ville à hauteur de voiture à la ville à hauteur d’enfant, nous faisons de la libre circulation des plus jeunes notre référentiel pour aménager un espace public apaisé et abondamment végétalisé, accueillant pour toutes et tous, quel que soit son âge, son genre, son handicap.

« Dans un monde qui change, les quartiers prioritaires doivent se situer aux avant-postes, ils disposent de tous les atouts pour devenir des démonstrateurs de nouvelles manières de concevoir et de construire avec l’existant, un grand laboratoire de la métamorphose heureuse du patrimoine de la modernité, au service des habitants, à l’écoute de leurs besoins. »

Extrait du Manifeste corédigé avec Stéphanie Sonnette
Stéphanie Sonnette