Conservatoire intercommunal

Annonay (07)

2023 - 2026

Usine phare de l’ancien quartier industriel de la Cance, la friche Bacou Dalloz prend place en contrebas du centre historique d’Annonay. Au pied du bâtiment, la ville se déploie autour et fait penser à un amphithéâtre qui nous regarde. Traversée par la rivière, cette ancienne bâtisse industrielle qui ne portait pas initialement l’ambition d’un équipement public confortable et studieux, se voit désormais confier une place singulière pour accueillir un conservatoire de musique à rayonnement intercommunal. Au coeur d’un tissu bâti longtemps figé, une lumière se rallume. Dans ces murs autrefois animés par les gestes précis des tanneurs, réhabilités et transformés pour accueillir musiciens, élèves et enseignants, les savoir-faire trouvent une nouvelle résonance et les talents peuvent continuer d’éclore.

Données du projet
Adresse

Place Gaston Nicod
Quartier de la Cance
07100 ANNONAY

Maîtrise d'ouvrage

Annonay Rhône Agglo

Images

Photos projet : Célia Uhalde

Équipe

Architecture, Économie, OPC : Vurpas Architectes
Structure : Le BE Associés
Fluides : STREM
Acoustique : Génie Acoustique
Signalétique : Atelier Vogue
Désamiantage : LEI

Programme

Réhabilitation d’une ancienne usine de tannerie en conservatoire de musique à rayonnement intercommunal

Porte d’entrée de l’Ardèche, au pied des Monts du Vivarais, Annonay fut le berceau d’une prospérité industrielle portée par les activités des tanneurs, mégissiers et papetiers. Aux confluences de la Deûme et de la Cance, la qualité des eaux a favorisé l’implantation d’usines le long des rivières, dessinant au fil du temps une architecture singulière, étroitement liée au paysage et aux contraintes de la vallée. Les bâtiments industriels s’y imbriquent dans le relief, épousent les cours d’eau et composent un tissu urbain atypique, façonné par la topographie et l’industrie. Reconnue pour ses savoir-faire et son artisanat, portés par des entreprises emblématiques, la ville a longtemps vécu au rythme de ses manufactures, jusqu’à ce que les bouleversements de la désindustrialisation viennent progressivement transformer son paysage urbain et social. Peu à peu, les usines ferment, de nouveaux pôles d’activités se développent en périphérie et la population annonéenne se détourne de ces quartiers de production. Derrière leurs façades silencieuses subsistent alors de vastes volumes délaissés : un patrimoine industriel en suspens, où le temps semble s’être arrêté.
Parmi ces vestiges, la friche Bacou-Dalloz occupe une place singulière. Ancienne usine emblématique du quartier industriel de la Cance, elle prend place en contrebas du centre historique d’Annonay. Depuis ses abords, la ville se déploie comme un amphithéâtre qui la regarde.Traversé par la rivière, ce vaste édifice industriel, qui n’avait pas vocation à accueillir un équipement public confortable et studieux, se voit aujourd’hui confier une nouvelle destinée : celle d’un conservatoire de musique à rayonnement intercommunal.

Les usines de la Cance, reflet d'un patrimoine bâti à l'avenir incertain

Comme de nombreuses friches industrielles dans les villes moyennes françaises, l’usine Bacou-Dalloz incarne un patrimoine robuste mais souvent délaissé, confronté à de multiples limites : des coûts de réhabilitation élevés, la nécessité de dépolluer les sites, d’importantes interventions structurelles, mais aussi la difficulté de faire coïncider ces vastes volumes avec la réalité des besoins du centre-ville, dont la vitalité n’est plus suffisamment forte aujourd’hui pour investir cette ressource bâtie largement disponible. La tannerie, elle, bénéficiait d’un état relativement préservé, permettant sa transformation en conservatoire de musique.
Face à elle, d’autres bâtiments, aujourd’hui plus dégradés, soulèvent des questions complexes : comment contourner ces démolitions certaines, quelles autres alternatives de reconversion est-il possible d’envisager ? Quels leviers activer pour sensibiliser davantage les institutions publiques et les habitants à la préservation et à la réutilisation de cette ressource abondante ?
La friche qui fait face au nouveau conservatoire en est un exemple poignant : des mètres carrés vides sans nouvelle vocation, en attente de futurs usages, portant les traces d’une prospérité disparue, un potentiel fragilisé par des années d’abandon… Les deux bâtiments se regardent : l’un a retrouvé un souffle nouveau, l’autre demeure en attente, figé dans l’incertitude d’un avenir.

Les deux bâtiments se regardent : l’un a trouvé un souffle nouveau, l’autre demeure en attente, figé dans l’incertitude d’un avenir.

Quand le stock devient kiosque, de la tannerie au nouveau conservatoire

À l’entrée Sud de l’ancienne usine, une extension des années 40, adossée à la bâtisse industrielle, débarrassée désormais des remplissages de façade et largement ouverte, ressemble à un petit kiosque à musique, avec ses colonnes et son lanterneau central qui surplombe la toiture. C’est l’auvent attendu pour le projet… pourquoi démolir et reconstruire quand les éléments en place répondent déjà à la demande ?
Car si l’ancienne usine offrait une grande qualité spatiale et une réelle capacité d’adaptation à de nouveaux usages, elle n’avait pas été pensée pour accueillir du public. Comme beaucoup de bâtiments industriels, elle ne possédait ni façade d’adresse, ni entrée identifiable. La transformation en conservatoire nécessitait donc de créer une interface claire et accueillante avec l’espace public. Cette extension réhabilitée répond précisément à cet enjeu : elle donne au conservatoire une entrée lisible, une silhouette reconnaissable et une architecture ouverte, capable de mettre en relation les activités intérieures avec la ville.
Le soir, l’auvent devient une lanterne doucement éclairée, signal discret mais vivant dans l’espace public. À l’image du kiosque à musique, il agit comme un vecteur de culture dans la ville : un lieu à la fois clos et ouvert, qui rapproche de la pratique artistique et accompagne l’ambition du conservatoire comme instrument de rayonnement culturel à l’échelle du territoire.

Dès le départ, le projet s’est appuyé sur les qualités intrinsèques du bâtiment afin d’intégrer le programme sans transformations radicales, dans un souci de clarté fonctionnelle, de lisibilité des circulations et d’ouverture à la lumière. Une trémie est créée au niveau de la nouvelle entrée afin d’introduire davantage de lumière naturelle et de créer du lien entre les deux niveaux qui composent désormais le conservatoire. Le bâtiment tramé révèle de belles structures en béton, témoignages assumés de son histoire industrielle : nettoyées mais à peine transformées, elles demeurent pleinement visibles. Les salles et studios de pratique, écrins confortables et performants, prennent place en façade afin de bénéficier de la lumière naturelle, de vues lointaines sur le relief de la ville ou sur les vestiges poétiques des anciennes industries voisines. Leurs dimensions variées dessinent en négatif une circulation évolutive, ponctuée de perspectives et de points de mire. La partition des grands plateaux ouverts est principalement réalisée à partir de cloisons en ossature et panneaux bois. Cette matière rapportée, pensée comme un grand meuble glissé entre les structures béton existantes, concentre les aménités nécessaires aux usages du conservatoire. Comme un fil conducteur, les planchers, bardages et assises en bois qui habillent les circulations diffusent douceur et sérénité. Des espaces intermédiaires, composés de gradins et d’assises, s’intègrent naturellement au fonctionnement du lieu sans perturber les pratiques ; comme des petits salons ouverts sur la lumière, il y est agréable de patienter entre deux cours.

Le bâtiment tramé révèle de belles structures en béton, témoignages assumés de son histoire industrielle : nettoyées mais à peine transformées, elles demeurent pleinement visibles.

Les salles et studios de pratique, écrins confortables et performants, prennent place en façade afin de bénéficier de la lumière naturelle, de vues lointaines sur le relief de la ville ou sur les vestiges poétiques des anciennes industries voisines.